RDC-Diplomatie : Washington refuse l’AFC/M23 au dialogue de Kinshasa et mise tout sur Doha
juillet 28, 2026Par: Génie Kande
La scène diplomatique autour de la crise dans l’Est de la RDC ressemble à un échiquier à double plateau. Pendant que Kinshasa tente de relancer un dialogue interne, Washington, lui, ferme la porte à toute participation directe de l’AFC/M23 à Kinshasa et concentre tous ses efforts sur le processus de Doha. Un choix stratégique qui en dit long sur les rapports de force actuels.
Deux processus, deux logiques
Depuis début 2025, deux cadres de paix coexistent.
D’un côté, l’accord de Washington* signé le 27 juin entre la RDC et le Rwanda, sous médiation américaine. Il porte sur le désengagement des troupes rwandaises, la neutralisation des FDLR et le respect de la souveraineté congolaise.
De l’autre, le processus de Doha, sous médiation qatarie, qui met directement autour de la table le gouvernement congolais et la rébellion AFC/M23. 40fe
Washington soutient les deux démarches, mais refuse de cautionner un dialogue officiel à Kinshasa incluant l’AFC/M23. Pour les États-Unis, intégrer la rébellion dans un format* *interne reviendrait à légitimer une force armée qu’ils accusent d’être soutenue par Kigali et de violer l’intégrité territoriale de la RDC.
Pourquoi Doha et pas Kinshasa?
1. Le levier de la pression
Les diplomates américains estiment que Doha est le seul cadre où l’AFC/M23 accepte de discuter sans poser de conditions préalables sur le partage du pouvoir. À Kinshasa, la position du gouvernement est claire : aucun territoire ne sera cédé et l’intégrité territoriale n’est pas négociable. Faire siéger le M23 à Kinshasa ferait exploser cette ligne rouge.
2. Éviter la fragmentation du processus
Washington craint qu’un dialogue parallèle à Kinshasa ne torpille Doha. Le mécanisme de suivi du cessez-le-feu signé à Doha en juillet visait justement à relancer des discussions déjà enlisées. Les USA misent sur un canal unique, contrôlable, avec le Qatar comme facilitateur neutre.
3. Sanctions et fermeté
En cas d’échec à Doha, Washington a déjà prévenu : il s’engagera aux côtés de la RDC pour défendre sa souveraineté. La Maison Blanche a aussi appelé à inscrire les commandants de l’AFC/M23 et des responsables rwandais sur la liste des sanctions du Conseil de sécurité. Recevoir l’AFC/M23 à Kinshasa affaiblirait ce rapport de force.
Sur le papier, Doha a produit une déclaration de principes le 19 juillet et un mécanisme de vérification. Dans les faits, les combats continuent. Le M23 a relancé ses offensives en décembre vers Mwenga et Uvira, et les deux camps s’accusent mutuellement de violations.
Kinshasa exige le retrait du M23 des zones occupées comme Goma et Bukavu. Le mouvement rebelle, lui, assure qu’il ne quittera pas ces villes. Résultat : les rencontres prévues ont été annulées et le processus est à l’arrêt.
La ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a pourtant réaffirmé l’attachement du gouvernement au processus de Doha. Mais dans le même temps, les FARDC dénoncent des attaques quasi quotidiennes de l’AFC/M23.
Pour Washington, le message est simple : la paix passe par Doha, avec la pression américaine en arrière-plan, et non par un dialogue national qui donnerait à l’AFC/M23 un statut politique qu’il n’a pas encore.
Le neuvième round de discussions est attendu à Genève, avec Washington comme facilitateur. Les dossiers clés restent en suspens : avenir du M23, retour des réfugiés, justice pour les crimes.
En refusant l’AFC/M23 à Kinshasa, Washington parie que seule une pression internationale concentrée à Doha pourra forcer la rébellion à lâcher du lest. Mais sur le terrain, la guerre continue de dicter sa loi.


